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Présidentielle : quelles propositions en matière de santé et de QVT ?

7 Avr, 2022
présidentielle 2022

A quelques jours du premier tour des élections présidentielles, la question de qualité de vie au travail semble absente des débats et programmes des candidats.

Pour y voir plus clair le Blog QVT a choisi d’analyser les programmes des douze candidats à la présidentielle pour comparer leurs propositions en matière de santé et de qualité de vie au travail. Pour comparer les programmes sur une base objective, nous avons sélectionnés cinq thématiques qui, à notre sens, incarnent les enjeux essentiels au regard du contexte actuel.

Nous avons décortiqué chaque programme pour vous livrer les propositions ou l’absence de propositions des candidats sur chacun de ces thèmes.

Nos cinq thématiques

Pour commencer, nous avons retenu la thématique des fins de carrière, qui est loin de se résumer au débat très actuel sur l’âge de départ à la retraite. Les données de santé au travail démontrent cependant qu’avant de parler de l’âge de départ à la retraite, il est essentiel d’apprendre à sécuriser les parcours professionnels des salariés en fin de carrière. Aujourd’hui, 14 % des actifs présentent des restrictions d’aptitudes durables selon la DARES. Toujours selon le Ministère du travail, le nombre de licenciements pour inaptitude a plus que doublé ces dix dernières années. Nous avons donc fait le choix d’analyser les propositions des candidats pour sécuriser la fin des parcours professionnels.

En second lieu, il nous a semblé utile de nous pencher sur la question de la reconnaissance des travailleurs souvent précaires qui furent en première ligne lors de la crise sanitaire et que l’on qualifia de façon éphémère d’essentiels. La question de leur rétribution, de leurs conditions de travail et de la précarité de certains de leurs statuts mérite à notre sens d’être mise en débat.

salaire brut métiers essentiels

Salaires bruts mensuels d’une sélection non exhaustive de métiers dits essentiels en comparaison avec la moyenne française. Source : Statista – JDN – INSEE

Nous nous sommes également intéressés à la façon dont chaque candidat comptait faire évoluer le dialogue social au sein des entreprises. La qualité du dialogue social est en effet un pilier essentiel de l’amélioration des conditions de travail. Ses modalités ont considérablement évolué depuis les ordonnances Macron, avec des effets controversés.

Nous avons ensuite choisi de nous intéresser au traitement de la question des égalités et de la diversité au travail. En effet, les études s’accumulent depuis des décennies pour mettre en lumière le caractère systémique des discriminations, qu’elles soient liées au genre, à l’origine, à l’âge ou à l’état de santé. Dans son treizième baromètre sur la perception des discriminations dans l’emploi publié en 2020, le Défenseur des droits rapporte que 80 % des personnes actives interrogées ont subi des situations de dévalorisation au travail et que 41 % se déclarent victimes d’au moins un propos ou comportement sexiste, homophobe, raciste, lié à l’état de santé, au handicap, à la religion ou à d’autres caractéristiques personnelles au travail.

Nous avons enfin retenu la thématique de l’engagement citoyens et environnemental des employeurs. Nous faisons en effet face à des défis sociaux et environnementaux sans précédents. Ils questionnent la citoyenneté des entreprises et des employeurs publics et se reflètent dans la quête de sens grandissante des travailleurs. Même si elles ont saisi l’enjeu, de nombreuses entreprises se contentent d’engagements de façade. La Commission Européenne a ainsi récemment publié un rapport estimant que près de la moitié des employeurs européens mentaient sur leurs engagements sociaux et environnementaux. Il est donc légitime d’analyser les propositions des candidats pour susciter des prises de positions et des actions plus ambitieuses.

Au-delà de nos cinq thématiques imposées, nous avons mis en lumière toute propositions significatives ayant trait à la qualité de vie au travail issues des programmes présidentiels dans une dernière rubrique libre.

Vue d’ensemble

Avant de rentrer dans le détail des propositions, il est intéressant de partager une vue d’ensemble du positionnement des candidats sur nos cinq thématiques.

Sur notre infographie, il est aisé de constater que peu de candidats ont formulé des propositions complètes sur les cinq axes.

programme présidentielle 2022

 

Analyse détaillée et interactive des programmes

 

Conclusion

Au-delà de toute prise de parti, la comparaison des programmes permet aisément de constater le caractère stéréotypé des propositions. L’âge de départ à la retraite cristallise par exemple les antagonismes, mais aucun candidat ne propose de mesures concrètes pour sécuriser la fin des parcours professionnels et prévenir l’usure en fin de carrière.

Peu d’innovation transparaît pour améliorer les conditions de travail des travailleurs essentiels, qu’il s’agisse des professionnels des secteurs sanitaires et médico-social, de l’aide à domicile, des employés de la distribution ou encore des livreurs indépendants et autres travailleurs ubérisés. Comme pour la retraite, le débat se cristallise sur la hausse du SMIC sans poser la question des temps partiels imposés, des statuts précaires ou de l’indépendance subie.

Le dialogue social est le grand absent d’une majorité des programmes.

Le débat autour des égalités est lui plus diversement traité,  même si la majorité  des propositions formulées sont limitées au handicap et à l’égalité des genres, sans embrasser la complexité du spectre des égalités et les enjeux sociétaux qu’il impose.

Enfin, la responsabilité sociale des employeurs reste globalement absente des programmes de la majorité des candidats qui paraissent en décalage avec la quête de sens au travail que réclament de plus en plus de travailleurs.

Au-delà de nos cinq thématiques choisies, aucun programme ne propose d’innovations majeures visant à faire évoluer le cadre légal et institutionnel du travail pour lui permettre de répondre aux enjeux de notre temps. Aucune proposition significative n’est par exemple faite pour réguler l’intrusion des algorithmes et de l’intelligence artificielle au travail. Il en va de même pour une meilleure prise en compte des contraintes imposées par la généralisation du télétravail, ou pour la modernisation des approches de la prévention des risques professionnels afin de permettre une meilleure régulation des risques émergents à l’origine de nouvelles pathologies multifactorielles.

Le débat présidentiel autour de la qualité de vie au travail est resté figé autour d’antiennes d’un autre temps. Les enjeux sont pourtant nombreux et complexes. Ils auraient mérité un riche débat contradictoire et des propositions innovantes. Il est regrettable de constater que ce débat n’a pas eu lieu.

 

Les auteur.es :

  • Clémence DEPRESLE, apprentie journaliste d’entreprise pour le Blog QVT
  • Fadi Joseph LAHIANI, psychologue du travail et des organisations