Vers une semaine de travail réduite : les nouveaux rythmes en entreprise 

11 Juin, 2024

L’année 2023 a marqué un tournant dans l’évolution du travail en entreprise notamment avec la réforme des retraites. Désormais, c’est plus de 4 000 entreprises françaises qui ont pris l’initiative de faire travailler leurs salariés 4 jours par semaine, avec un salaire et des objectifs identiques. De cette réorganisation du temps de travail, deux modèles se démarquent: la « semaine de 4 jours » et la  « semaine en 4 jours ». Sous la similitude sémantique se cache une différence notable entre ces deux modèles avec des conséquences significatives pour les employeurs et les employés. C’est ce que nous mettrons en évidence dans cet article. 

La semaine « de » 4 jours : hausse de la productivité et diminution du temps de travail

La semaine « de » 4 jours induit une réduction du temps de travail hebdomadaire, le travailleur passe d’un contrat de 35h à un contrat de 32h par semaine. Malgré la baisse du temps de travail, le salaire reste constant et les objectifs similaires, à la fois pour l’entreprise et pour les employés. 

Ce modèle d’organisation permet aux employés de trouver un réel équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle. Avec la pandémie du covid 19, le développement du télétravail et la réforme des retraites, la place du travail a pris une place plus large dans la vie des français. Par conséquent 63% des français se disent partant pour un rythme de 4 jours par semaine. 

« Avoir un troisième jour de repos par semaine, c’est un vrai changement de vie. Cela permet de faire tout ce que l’on n’a pas le temps de faire habituellement. Donc de profiter pleinement de son week-end.»

Cette meilleure conciliation des temps de vie, correspond à un temps de travail quotidien de 8h par jour et à une journée de repos supplémentaire par semaine. Cet aménagement influe sur le bien-être des équipes de travail. En réduisant le stress lié au travail et l’épuisement professionnel, cette approche permettrait une amélioration de la santé mentale des travailleurs. Ces effets ont été déjà constatés avec une diminution de 65% des taux d’absentéisme et une productivité accrue d’1,4% en moyenne sur une phase test de 6 mois. 

Dans le cas contraire, il est possible que des débordements aient lieu : lorsqu’il est trop difficile de condenser le travail sur 32 heures, certains employés réalisent des tâches en suspens sur leur temps privé, annulant de fait les bénéfices attendus.

L’entreprise Elmy basée à Lyon a testé ce rythme. Près de deux tiers des concernés affirment travailler durant leur jour de repos. Quand 44% d’entre eux déclarent y consacrer 1h30, 19% considèrent prendre 3h30 sur leur jour off. 

« D’après notre enquête, dans les deux cas, plus de 80 % n’en ressentent aucune frustration et pensent que c’est le jeu », Camille Darde, DRH chez Elmy. 

Parallèlement, une étude menée en Grande Bretagne par l’Université de Cambridge pendant 4 semaines, révèle que 71% des collaborateurs de l’entreprise ressentent moins d’épuisement professionnel avec le rythme de 100:80:100 (100% de salaire / 80% par rapport au temps de travail habituel / 100% de productivité ). 

Des penseurs tels que Johan Rae et Paul Lafargue, du XIXe siècle, ont soutenu l’idée que des journées de travail plus courtes peuvent en réalité augmenter la productivité. Dans son ouvrage Le droit à la paresse, Lafargue dépeint une société capitaliste où «le travail est la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique» pour lui l’émancipation des travailleurs induit un droit à la paresse qui équivaut à une journée de travail de 3h. Rae soutient qu’avec une concentration accrue et une efficacité maximisée sur une période plus courte, les employés parviennent à optimiser leur temps de travail, générant ainsi des résultats plus significatifs pour l’entreprise.

« Des journées plus courtes ne sont peut-être pas synonymes de production plus faible, car elles peuvent faire qu’on produise autant avec une journée courte, grâce à une meilleure qualité de la main-d’œuvre, qu’on le faisait avec une journée longue » Johan Rae.

La semaine « en » 4 jours : 35h de temps de travail condensées sur 4 jours

Ce rythme de travail se résume à une compression du travail hebdomadaire en 35h, sur 4 jours seulement au lieu de cinq. Cela engendre pour les employés, des journées de travail allongées permettant d’acquérir un jour de repos supplémentaire par semaine. 

L’Urssaf de Picardie a tenté de tester ce rythme pendant une année, et cela s’est traduit par un échec. Seulement trois salariés se sont laissés tenter par ce nouveau modèle contre 200 travailleurs pourtant éligibles. 

Les candidats qui ne se sont pas portés volontaires ont relevé deux conséquences majeures de cette condensation de la semaine en 4 jours. Le volume horaire journalier induit une plus forte sensation de fatigue en fin de journée (8h45 de travail par jour, contre 7h quand les 35h sont étalées sur 5 jours). On note nécessairement, une augmentation des plages horaires quotidiennes, ce qui empiète sur l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. En somme, il ne s’agit pas d’une réduction du temps de travail mais d’une répartition nouvelle de la charge de travail contrairement à la semaine « de » 4 jours. 

Transiter vers une semaine « de » ou « en » 4 jours

Ces changements nécessitent d’atteindre les objectifs sans trop intensifier le travail. La mise en œuvre de la semaine de quatre jours ou en quatre jours implique donc de repenser l’organisation du travail en profondeur. Cela peut passer par la répartition des rôles, la simplification de certains processus, ou l’optimisation de certains systèmes de réunions. En somme, il s’agit de rendre l’organisation plus fluide et efficace en évitant au maximum d’intensifier le rythme de travail proprement dit.  

La transition vers une semaine de travail réduite peut représenter une évolution positive tant pour les employés que pour les entreprises, favorisant un équilibre de vie et une productivité accrue en faveur du bien-être global de chacun. Pour preuve, 5% des entreprises l’ont déjà adopté, 35% commencent à considérer ce mode de travail  et 22% prévoient de la mettre en place à la fin de l’année 2024. 

Conclusion

La semaine de travail de quatre jours semble plus favorable pour les employés qui peuvent supporter des journées de travail longues et privilégient un week-end prolongé. Le modèle en quatre jours semble plus adapté pour ceux qui souhaitent un rythme de travail moins soutenu, quitte à réduire leur salaire. L’adoption de l’un ou l’autre modèle dépend largement des besoins des employés et des exigences opérationnelles de l’entreprise. Une période de test et une évaluation continue peuvent aider à déterminer la meilleure approche pour chaque organisation. 

À l’aube de transformations significatives dans le monde du travail, la question du rythme de travail en quatre jours ou de quatre jours par semaine suscite un intérêt croissant. Cette approche, qui repense l’organisation traditionnelle du temps de travail, pourrait désormais façonner l’avenir des travailleurs en améliorant leur bien-être. 

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Joseph Lahiani

Lucrèce Valence

Journaliste alternante pour le Blog QVT

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