Les expériences de récupération

12 Mar, 2020
la récupération après le travail

Précédemment, nous avons partagé avec vous un article dévoilant la notion de besoin de récupération en psychologie du travail. Nous vous proposons aujourd’hui d’approfondir ce concept en présentant les expériences qui favorisent le processus de récupération.

Conformément aux postulats du modèle effort-récupération (Meijman & Mulder, 1998), le besoin de récupération s’exprime lorsqu’un individu a réalisé des dépenses cognitives et physiques de manière continue tout au long de la journée de travail . Un déficit de récupération peut ainsi s’illustrer par certaines humeurs telles que l’irritabilité et comportements tels que le manque d’énergie ou le retrait social. dans ce cas de figure, les efforts produits ont alors considérablement réduit les ressources personnelles de l’individu. Elles devront retrouver leur état d’origine pendant le temps de repos afin de débuter la journée suivante sans symptômes résiduels.

Dans cet article, nous allons détaller certains facteurs contribuant à ce processus de régénération.

Définir la récupération

La récupération fait référence à « un processus au cours duquel les systèmes fonctionnels individuels qui ont été sollicités au cours d’une expérience stressante reviennent à leurs états d’origine » (Meijman et Mulder, 1998). Il s’agit d’un processus de restauration de la santé psychologique souvent accompagné d’une réduction des indicateurs de tension physiologique.

Sonnentag et Fritz (2007), deux chercheuses et professeures en psychologie du travail et des organisations, ont présenté en 2007 quatre expériences de récupération spécifiques :

1- Le détachement psychologique

La première expérience de récupération mise en avant par Sonnentag et Fritz (2007) est le détachement psychologique. Celui-ci implique deux éléments essentiels :

  • Un éloignement physique du lieu de travail
  • Un désengagement psychologique des préoccupations professionnelles

Pour que l’individu éprouve un sentiment de détachement psychologique, il ne doit pas être importuné par des tâches en lien avec son travail lors de son temps de repos tel que la réception de courriels ou d’appels téléphoniques professionnels. En effet, lorsque l’individu pense continuellement au travail, ses capacités cognitives sont perpétuellement mises à l’épreuve et il se trouve dans l’incapacité de récupérer.

Le détachement psychologique passe également par le fait d’être en capacité de couper le fil de pensée reliant l’individu au travail, lui permettant ainsi de se prémunir contre les ruminations et l’anticipation continuelle, afin de bénéficier d’une véritable présence congitive dans sa sphère privée.

2- La relaxation

Les activités liées à la relaxation (ex : méditation, pleine conscience, etc.) visent la réduction de l’activation physiologique et la restauration de l’état d’origine. Pour cela, ces activités doivent être peu exigeantes sur le plan intellectuel et physique.

Elles constituent par ailleurs des opportunités de réévaluation cognitive de la situation permettant de recentrer son esprit sur des affects positifs (ex : événements positifs du week-end) et de réduire l’impact des affects négatifs liés au stress au travail.

3- Les expériences de maîtrise

Les expériences de maîtrise renvoient aux activités de loisirs suffisamment distrayantes et stimulantes permettant d’élargir ses compétences en dehors de l’activité professionnelle, de développer de nouvelles ressources (ex : variété des savoirs, meilleure connaissance de soi) et de favoriser l’innovation et la prise de recul sur les situations professionnelles.

4- Le sentiment de contrôle pendant les loisirs

Le contrôle est décrit selon Sonnentag et Fritz (2007) comme « le degré auquel une personne peut décider quelle activité poursuivre pendant les loisirs, ainsi que quand et comment poursuivre cette activité ».

L’expérience du contrôle pendant les loisirs constitue une ressource qui permet à l’individu de choisir les activités qui lui sont les plus adaptées pour favoriser sa récupération, de pouvoir réguler ses actions plus efficacement (c’est-à-dire quand s’engager et se désengager de l’activité) et de favoriser son sentiment d’auto-efficacité et de compétences.

Les facteurs organisationnels qui dégradent ou favorisent les expériences de récupération

Sonnentag et Fritz (2007) démontrent que les facteurs individuels de personnalité ont peu d’influence sur les expériences de récupération et soulèvent l’importance des facteurs professionnels.

Précisément, ces chercheuses ont relevé que la qualité des expériences de récupération décroît avec l’augmentation du rythme de travail (ex : délais pour rendre les livrables), des heures supplémentaires et de l’ambiguïté de rôle (ex : incertitude vis-à-vis de ses missions et son rôle dans l’organisation). A l’inverse, exercer un contrôle sur la planification du contenu de son travail et choisir ses horaires favorisent ces expériences.

D’autres pratiques organisationnelles peuvent permettre de respecter les temps de récupération des travailleurs telles que  le respect de l’équilibre vie professionnelle/vie privée (ex : la possibilité de temps partiel, les horaires flexibles, les semaines compressées, le télétravail) ou le respect des temps de pause (ex : pause méridienne, week-end, congés) et du droit à la déconnexion (ex : éviter d’emporter du travail chez soi, éviter d’envoyer des emails sur les temps de repos).

Se former pour changer ses pratiques

Siu et ses collaborateurs ont publié en 2014 les résultats d’une étude expérimentale ayant pour objectif de mesurer l’effet d’une formation adaptée de 2 jours (comportant notamment des notions sur le besoin de récupération) sur les pratiques de récupération ainsi que sur la santé psychologique des participants.

Ils ont relevé une meilleure efficience de ces pratiques, une meilleure satisfaction au travail, ainsi qu’une présence moins élevée de symptômes physiques et psychologiques et de burnout 7 à 10 jours après la formation. Ces résultats soulèvent l’importance de la conscience et de la connaissance des salariés vis-à-vis de leur besoin et processus de récupération qui doit s’exercer en pleine conscience

Conclusion

Les expériences de récupération sont primordiales pour éviter les symptômes résiduels de la fatigue de la journée de travail précédente et l’évitement de leurs effets cumulatifs pouvant à terme mener à l’épuisement voir au burnout.

Si la qualité des expériences de récupération dépend en partie des travailleurs eux-mêmes, l’organisation a également un pouvoir sur leur promotion via l’instauration de pratiques organisationnelles adaptées et la garantie de degrés de libertés et la transmission de compétences adaptées.

Auteur

Julia Aubouin Bonnaventure

Julia Aubouin Bonnaventure, chargée de recherche appliquée chez AD Conseil et doctorante en convention CIFRE en psychologie du travail et des organisations au laboratoire Qualipsy de l’Université de Tours. Ses travaux portent sur l’étude des effets des pratiques organisationnelles sur la santé psychologique, les attitudes et les comportements des travailleurs.

 

Bibliographie

Bitsika, V., Sharpley, C. F., & Morrison, K. (2012). The Associations Between Fatigue and Need for Recovery With Anxiety and Depression. Psychology and Education: An Interdisciplinary Journal, 49(1 & 2), 34-44.

Machin, M. A., & Hoare, N. (2008). The role of workload and driver coping styles in predicting bus drivers’ need for recovery, positive and negative affect, and physical symptoms. Anxiety, Stress, and Coping, 21(4), 359-75. https://doi.org/10.1080/10615800701766049

Meijman, T. F., & Mulder, G. (1998). Psychological aspects of workload. In P. J. D. Drenth & H. Thierry (Eds.), Handbook of work and organizational psychology (Vol. 2: Work psychology, pp. 5–33). Hove, England: Psychology Press.

Siu, O. L., Cooper, C. L., & Phillips, D. R. (2014). Intervention studies on enhancing work well-being, reducing burnout, and improving recovery experiences among Hong Kong health care workers and teachers. International Journal of Stress Management, 21(1), 69–84. https://doi.org/10.1037/a0033291

Sluiter, J. K., de Croon, E. M., Meijman, T. F., & Frings-Dresen, M. H. W. (2003).  Need for recovery from work related fatigue and its role in the development and prediction of subjective health complaints. Occupational and Environmental Medicine, 60(1), 62–70. http://dx.doi.org/10.1136/oem.60.suppl_1.i62

Sonnentag, S., & Fritz, C. (2007). The Recovery Experience Questionnaire : Development and Validation of a Measure for Assessing Recuperation and Unwinding From Work. Journal of Occupational Health Psychology, 12(3), 204-21. https://doi.org/10.1037/1076-8998.12.3.204

Photo by Drew Coffman on Unsplash

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