Le 14 février dernier l’école des MINES ParisTech organisait un workshop axé sur la théorie de la préservation des ressources et animé par l’initiateur de cette théorie, le Professeur Stevan E. Hobfoll (Rush University Medical Center, Chicago). AD Conseil a participé à ce temps d’échange.

Préserver les ressources pour préserver la santé.

Progressivement, la recherche s’est émancipée de modèles appréhendant la santé des travailleurs essentiellement en termes de contraintes et de coûts individuels et organisationnels associés. La théorie de la préservation des ressources (Hobfoll, 1989, 2001), notamment, a contribué à l’essor d’un courant de pensée plus positif et constitue une approche alternative.

Cette approche se focalise sur la notion positive de ressources dans l’amélioration ou la préservation de la santé des individus.

Les ressources font référence à une large catégorie de facteurs pouvant être externes tels que les relations à l’autre ou internes tels que les caractéristiques personnelles ou les compétences. Plus précisément, Hobfoll définit les ressources comme « ces entités qui sont soit par nature fondamentalement valorisées (e.g., estime de soi, attachement, santé, paix intérieure) soit un moyen d’atteindre des fins fondamentalement valorisées (e.g., argent, soutien social, reconnaissance) » (Hobfoll, 2002, p. 307).

La théorie de la préservation des ressources postule ainsi que les individus recherchent l’acquisition, la rétention et la protection des ressources et que le stress et les conséquences sanitaires associées surviennent lorsque ces dernières sont menacées de disparaître ou perdues ou lorsque les individus échouent dans l’acquisition de nouvelles ressources après un investissement substantiel de ressources (Hobfoll, 2002, p. 312).

À la base de cette grille de lecture, Hobfoll met l’accent sur le caractère puissant et marquant des évènements négatifs à la fois en termes d’intensité et de durée dans le temps, par comparaison aux évènements positifs. Selon cette perspective, l’être humain aurait une sensibilité aigue à la perte et serait considérablement moins sensible au gain. L’auteur propose l’illustration suivante : « si votre collègue est positif et irréprochable 97% du temps et vous insulte 3% du temps, c’est de la partie dévastatrice dont vous vous rappellerez davantage ». Ainsi, la perte de ressources est fondamentale car elle est puissante et laisse des marques durables chez les individus. Dans la continuité de cette théorie, le COR-E permet l’évaluation individuelle de la perte de ressources effective ou crainte dans un contexte global.

Appliquée au contexte professionnel, la théorie de la préservation des ressources suggère de ne pas négliger le développement des ressources (e.g., communication, formation, recrutement, avantages), davantage encore en contexte de perte effective ou crainte (e.g., réduction d’effectif, nouveaux rythmes ou contenus de travail, conflits). L’auteur insiste ainsi sur la nécessité fondamentale de ne pas laisser les salariés vivre une perte de ressources effective ou crainte sans les aider à en réacquérir de nouvelles ou leur donner de la visibilité concrète sur la possibilité d’en acquérir à nouveau.

Par ailleurs, la présence de ressources nombreuses génèrerait un cercle vertueux, entrainant l’acquisition de davantage de ressources et une augmentation du bien-être (Bakker, 2011 ; Hobfoll, 2001 ; Salanova, Schaufeli, Xanthopoulou, & Bakker, 2010).

A l’heure où les organisations du travail s’inscrivent dans une volonté de prendre en compte le caractère bipolaire de la qualité de vie au travail (la santé des travailleurs ne consiste pas seulement en l’absence d’indicateurs négatifs, mais implique conjointement la présence d’indicateurs positifs), cette théorie offre une grille de lecture intéressante en posant les jalons d’une approche opérationnelle plus englobante.

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