Nos cinq thématiques
Pour commencer, nous avons retenu la thématique des fins de carrière, qui est loin de se résumer au débat très actuel sur l’âge de départ à la retraite. Les données de santé au travail démontrent cependant qu’avant de parler de l’âge de départ à la retraite, il est essentiel d’apprendre à sécuriser les parcours professionnels des salariés en fin de carrière. Aujourd’hui, 14 % des actifs présentent des restrictions d’aptitudes durables selon la DARES. Toujours selon le Ministère du travail, le nombre de licenciements pour inaptitude a plus que doublé ces dix dernières années. Nous avons donc fait le choix d’analyser les propositions des candidats pour sécuriser la fin des parcours professionnels. En second lieu, il nous a semblé utile de nous pencher sur la question de la reconnaissance des travailleurs souvent précaires qui furent en première ligne lors de la crise sanitaire et que l’on qualifia de façon éphémère d’essentiels. La question de leur rétribution, de leurs conditions de travail et de la précarité de certains de leurs statuts mérite à notre sens d'être mise en débat.
Salaires bruts mensuels d'une sélection non exhaustive de métiers dits essentiels en comparaison avec la moyenne française. Source : Statista - JDN - INSEE
Vue d'ensemble
Avant de rentrer dans le détail des propositions, il est intéressant de partager une vue d’ensemble du positionnement des candidats sur nos cinq thématiques. Sur notre infographie, il est aisé de constater que peu de candidats ont formulé des propositions complètes sur les cinq axes.
Analyse détaillée et interactive des programmes
[h5p id="70"]Conclusion
Au-delà de toute prise de parti, la comparaison des programmes permet aisément de constater le caractère stéréotypé des propositions. L’âge de départ à la retraite cristallise par exemple les antagonismes, mais aucun candidat ne propose de mesures concrètes pour sécuriser la fin des parcours professionnels et prévenir l’usure en fin de carrière. Peu d’innovation transparaît pour améliorer les conditions de travail des travailleurs essentiels, qu’il s’agisse des professionnels des secteurs sanitaires et médico-social, de l’aide à domicile, des employés de la distribution ou encore des livreurs indépendants et autres travailleurs ubérisés. Comme pour la retraite, le débat se cristallise sur la hausse du SMIC sans poser la question des temps partiels imposés, des statuts précaires ou de l’indépendance subie. Le dialogue social est le grand absent d’une majorité des programmes. Le débat autour des égalités est lui plus diversement traité, même si la majorité des propositions formulées sont limitées au handicap et à l’égalité des genres, sans embrasser la complexité du spectre des égalités et les enjeux sociétaux qu’il impose. Enfin, la responsabilité sociale des employeurs reste globalement absente des programmes de la majorité des candidats qui paraissent en décalage avec la quête de sens au travail que réclament de plus en plus de travailleurs. Au-delà de nos cinq thématiques choisies, aucun programme ne propose d’innovations majeures visant à faire évoluer le cadre légal et institutionnel du travail pour lui permettre de répondre aux enjeux de notre temps. Aucune proposition significative n’est par exemple faite pour réguler l’intrusion des algorithmes et de l’intelligence artificielle au travail. Il en va de même pour une meilleure prise en compte des contraintes imposées par la généralisation du télétravail, ou pour la modernisation des approches de la prévention des risques professionnels afin de permettre une meilleure régulation des risques émergents à l'origine de nouvelles pathologies multifactorielles. Le débat présidentiel autour de la qualité de vie au travail est resté figé autour d’antiennes d’un autre temps. Les enjeux sont pourtant nombreux et complexes. Ils auraient mérité un riche débat contradictoire et des propositions innovantes. Il est regrettable de constater que ce débat n’a pas eu lieu.Les auteur.es :
- Clémence DEPRESLE, apprentie journaliste d’entreprise pour le Blog QVT
- Fadi Joseph LAHIANI, psychologue du travail et des organisations

