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SEEPH 2022 – L’accessibilité : peut mieux faire !

2 Nov, 2022
SEEPH 2022 Handicap

SEEPH 2022 handicap[Editorial] Du 14 au 20 novembre 2022 se tiendra la SEEPH, la Semaine Européenne pour l’Emploi des Personnes Handicapées. Initié par  l’ADAPTl’Agefiph et le FIPHFP, cet événement a pour but de sensibiliser et d’échanger sur la réalité du handicap dans le monde du travail d’aujourd’hui.

Cette année, le Blog QVT a choisi de dépasser la vision étriquée de l’accessibilité en entreprise presque exclusivement conçue autour de l’accessibilité du bâti et des transports, et de sensibiliser à l’intérêt de l’accessibilité de l’information et de la communication au travers de la méthode FALC (Facile A Lire et à Comprendre).

 


Chacun.e d’entre nous a déjà fait l’expérience, en s’en apercevant ou non, de mesures destinées à favoriser l’accessibilité. Par exemple, en marchant sur des bandes podotactiles à la gare, en se rendant dans un établissement recevant du public muni d’une rampe d’accès, ou encore en se déplaçant grâce à un bus à plancher bas. Ces quelques exemples de mesures illustrent la diversité des solutions d’accessibilité qui s’intègrent très progressivement dans notre quotidien.

Ces exemples permettent en même temps de mesurer un biais majeur : notre conception de l’accessibilité reste limitée aux caractéristiques physiques du bâti ou de l’espace public. Elle est restreinte aux besoins des personnes à mobilité réduite et des personnes atteintes de déficiences sensorielles.

Cette vision est restrictive et n’offre qu’une vision tronquée des besoins de la population.

 

L’accessibilité généralisée, une réalité encore bien lointaine

L’accessibilité telle que définie dans la loi du 11 février 2005 prône « l’accès à tout pour tous ». Un tour d’horizon des communications et initiatives en faveur de l’accessibilité permet de dresser deux constats :

  1. L’accessibilité reste majoritairement confinée à la question de la mobilité,
  2. Elle est la plupart du temps centrée sur l’usager (accessibilité des ERP) et rarement pensée à destination des travailleuses et des travailleurs[1].

Le corollaire du premier constat est l’occultation de la variété des situations sous-tendant un besoin d’accessibilité. Outre l’accessibilité des transports et du bâti qui sont les deux types d’accessibilité les deux plus connus, il existe aussi des enjeux d’accessibilité numérique (accès aux ressources numériques telles que les smartphones, les mails, les documents informatiques, etc.) et plus particulièrement d’accessibilité du web (possibilité de percevoir, comprendre, naviguer, interagir et contribuer au web) ou encore d’accessibilité des informations (avoir accès et comprendre une information écrite ou orale). Ces différents enjeux renvoient aux besoins issus de situations individuelles aussi diverses que singulières : déficiences sensorielles, maladies psychiques, troubles cognitifs, faible maîtrise de la langue française, illettrisme, etc.

A titre d’illustration, 4,6 % de la population française souffre aujourd’hui de handicaps cognitifs selon l’OCIRP. 7 % de la population de 18 à 65 ans est en situation d’illettrisme selon l’ANLCI. Et même si l’illettrisme n’est pas considéré comme un handicap au sens administratif de la loi de 2005, il est utile de rappeler la corrélation forte entre ces deux facettes de la précarité que sont l’état de santé et le niveau d’éducation.

Le deuxième constat fait écho à notre propre retour sur expérience. En tant qu’intervenants sur les questions de santé au travail, nous sommes régulièrement confrontés à des enjeux d’accessibilité dans nos interventions mais trouvons peu de ressources nous apportant des solutions. En effet, si l’on recense des initiatives en faveur de l’accessibilité pour des patients (ex. : pour favoriser l’observance thérapeutique), des usagers (ex. : aide aux démarches administratives) ou des clients (ex. : guides des opérateurs télécom), peu de choses semblent exister au bénéfice des travailleuses et des travailleurs. Ce constat est encore plus accablant lorsque l’on s’intéresse au milieu de travail ordinaire tant la notion d’accessibilité reste accolée à une image du handicap lourd, et donc aux travailleuses et travailleurs du milieu protégé et des entreprises adaptées[2].

Or, les enjeux pour les employeurs et les salarié.es sont nombreux : recrutement, intégration, formation, maintien en emploi, prévention des risques, information, adaptation du travail, etc. L’inflation et la complexification de l’information au travail, accrue par le recours au numérique, accentue d’autant plus les besoins.

Il est donc temps de mettre en lumière cet autre versant de l’accessibilité et d’initier des dynamiques collectives permettant de mieux comprendre les besoins et les enjeux, de s’outiller et d’élargir le cadre de l’accessibilité en contexte professionnel.

 

FALC : une approche pour rendre intelligible l’information au travail

A l’occasion de cette SEEPH 2022, nous avons choisi de mettre en lumière la méthode FALC (Facile A Lire et à Comprendre) comme solution d’accessibilité de l’information et de la communication. Le Facile à Lire et à Comprendre est un ensemble de règles d’écriture et de présentation permettant de rendre accessibles des informations écrites à toute personne ayant des difficultés de compréhension ou de lecture. Il s’agit d’un outil au service de l’accessibilité des informations qui est toutefois rarement utilisé au bénéfice des travailleurs.

Le FALC propose un ensemble de règles permettant de repenser la formulation de l’information pour la rendre accessible. Il est particulièrement utile pour traduire simplement, et sans infantilisation, les concepts abstraits ou complexes dont fourmille notre quotidien au travail.

Le FALC implique une prise de recul intéressante sur notre langage et notre communication. Il permet de mesurer à quel point nous créons des couches de complexité inutiles que nous finissons par banaliser, sans nous préoccuper du caractère inaccessible d’un nombre croissant d’informations qui deviennent de fait un facteur d’exclusion. Il met en lumière les mécanismes psychosociaux implicites de la ségrégation par la complexité où la conceptualisation à outrance peut devenir un instrument de marginalisation.

S’initier au FALC permet de mettre en perspective de nombreux enjeux d’égalité professionnelle entre les travailleurs et les travailleuses : comment, par exemple, rendre accessibles les orientations stratégiques d’une entreprise qui ont vocation à être connues de tout le personnel ? Ou comment garantir la prévention des risques psychosociaux aux travailleuses et travailleurs présentant des difficultés de compréhension, lorsque ces démarches impliquent de s’exprimer sur des concepts complexes et abstraits ?

L’approche FALC permet en somme une prise de recul collective sur le langage, les concepts et l’information partagée au travail dans un souci d’inclusivité. A l’image de la rampe d’accès qui devient une caractéristique systématique de nos bâtiments publics, il s’agit de systématiser la prise de recul sur le caractère accessible de l’information que nous produisons et partageons. Et dans un monde du travail de plus en plus complexe, parfois même inintelligible, les bienfaits du FALC dépassent largement ses bénéficiaires directs.

C’est pourquoi nous vous proposons de découvrir le FALC et ses déclinaisons pratiques au travail à l’occasion de cette 22ème semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées.

[1] Cette expression est choisie à dessein afin d’inclure les usagers d’ESAT qui ne sont pas salariés et ne relèvent pas du Code du Travail sauf pour les dispositions relatives à l’hygiène, la sécurité et la médecine du travail.

[2] Les Entreprises Adaptées font partie du milieu ordinaire de travail.

Auteur.es

Joseph Lahiani

Clémence Souchet

Fadi Joseph LAHIANI, Psychologue du travail et des organisations Clémence SOUCHET, Psychologue du travail et  des organisations

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