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Quelles pratiques de prévention dans les établissements sanitaires et sociaux en Europe ?

15 Avr, 2022

L’Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au travail (EU-OSHA) a commencé à publier les premiers résultats de la troisième édition de son enquête quinquennale sur les risques nouveaux et émergents (ESENER) conduite auprès de 37 460 travailleuses et travailleurs de tous les secteurs d’activité au sein de l’Union Européenne.

Une première publication issue de cette vaste étude est consacrée aux métiers du secteur sanitaire et social. Même si elle est basé sur des données de 2019, donc antérieures à la crise sanitaire, elle permet de mettre en lumière des évolutions significatives de l’exposition aux risques et des pratiques de prévention dans les établissements sanitaires et sociaux.

Nous en partagerons les principaux enseignements dans cet article.

Exposition aux risques professionnels

Le volet consacré au secteur sanitaire est social de l’enquête ESENESR est basé sur les données récoltées auprès de 3 964 professionnel.les. Deux principaux enseignements en ressortent :

  1. Les risques psychosociaux et les troubles musculosquelettiques demeurent les principaux facteurs de risque auxquels sont exposés les professionnel.les du secteur médico-social
  2. La tendance globale est à l’aggravation de l’exposition à la majorité des facteurs de risque.

Les données relatives aux risques professionnels hors RPS montrent une augmentation significative de l’exposition aux contraintes corrélées aux TMS (gestes répétitifs, manipulation, etc.).

Sans surprise, les exigences émotionnelles représentent le facteur de risque psychosocial auquel les personnels du secteur sanitaire et social sont le plus exposés. Globalement, l’exposition à l’ensemble des facteurs de RPS augmente significativement, à l’exception de l’incertitude socio-économique.

La du secteur à la moyenne européenne permet par ailleurs de constater qu’il est particulièrement impacté par les facteurs de risque psychosociaux.

La concertation et l’implication du personnel dans les décisions relatives au conditions de travail demeurent les mesures préventives les plus plébiscitées pour prévenir les RPS. Près des deux tiers des établissements interrogés mettent également des consultations psychologiques à la disposition de leurs personnels.

Pratiques préventives

78 % des établissements sanitaires et sociaux déclarent évaluer régulièrement les risques professionnels. Ce taux est en baisse de deux points par rapport aux données 2014.

La comparaison des données par pays montre que la France fait partie des mauvais élèves européens avec un taux de 68 % d’établissements évaluant régulièrement les risques professionnels, soit 10 points de moins que la moyenne européenne.

L’intégration des questions de santé au travail à la stratégie est un marqueur fort du secteur par rapport à la moyenne des entreprises et administrations européennes. Seul un quart des établissements sanitaires et sociaux ne le traite que de façon occasionnelle au niveau de la gouvernance. Ces données reflètent l’enjeu fort que représente la santé au travail dans cette branche professionnelle.

Freins à la prévention des risques

Les freins invoqués au sein des établissements sanitaires et sociaux sont représentatifs de la moyenne des entreprises et des administrations européennes : les biais comme la tendance à minimiser les risques ou à exagérer leur connaissance sont les raisons les plus fréquemment invoquées.

D’autres freins sont invoqués pour expliquer la difficulté à développer une culture globale de la prévention des risques professionnels, et particulièrement la complexité du cadre légal et le manque de temps.

Concernant les risques psychosociaux, d’autres freins spécifiques sont exprimés comme la difficulté à mettre en débat ce type de problématique qui ressort dans la moitié des établissements interrogés.

Conclusion

Les premiers éléments issus de l’enquête ESENER montrent une faible évolution des pratiques de prévention dans les établissements sanitaires et sociaux malgré une tendance à l’aggravation de l’exposition aux risques émergents. Plusieurs données préliminaires montrent par ailleurs l’impact fort qu’a eu la crise sanitaire sur ces métiers et qui n’est pas encore pris en considération dans ces chiffres.

Malgré une implication croissante des gouvernances dans la prévention des risques, les réponses restent insuffisantes et de nombreux freins restent à surmonter. Il est essentiel de les mettre en débat à un niveau institutionnel afin de repenser les moyens à la disposition des établissements sanitaires et sociaux pour intégrer des pratiques préventives efficaces à leurs routines sans que cela représente une contrainte ou une difficulté supplémentaire.

 

 

Fadi Joseph Lahiani

Un article de Fadi Joseph LAHIANI, Psychologue du travail et des organisations