Le bien-être psychologique au travail : retour sur les fondamentaux

16 Jan, 2020
bien être au travail

La notion de bien-être au travail fait désormais partie du vocabulaire commun. Elle est souvent employée en référence aux conditions de travail ou encore aux états psychologiques caractérisant les individus. Elle reste cependant peu définie de façon précise et est souvent confondue avec les notions voisines de santé au travail ou de qualité de vie au travail.

Dans la littérature scientifique, le bien-être psychologique fait pourtant l’objet d’une conceptualisation tripartite de plus en plus reconnue.

Nous vous proposons aujourd’hui un retour sur les fondamentaux de ce concept afin d’améliorer sa compréhension, son évaluation et sa promotion.

Distinguer le bien-être psychologique de la santé

L’Organisation Mondiale de la Santé (1948) définit la santé générale comme : « Un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».  Cette conception bidimensionnelle est fondamentale puisqu’elle souligne que l’état de santé ne résulte pas uniquement de l’absence d’états négatifs, mais se caractérise également pour la présence d’états positifs. Ces deux dimensions ne sont ainsi pas considérées comme les opposés d’un continuum de santé, mais constituent bien deux dimensions distinctes et indépendantes. Autrement dit, ce n’est pas parce que l’on ne fait pas l’expérience d’une détresse psychologique que l’on expérimente pour autant le bien-être.

Bien qu’il existe encore une ambiguïté entre les concepts de santé et de bien-être psychologique, de nombreux chercheurs s’accordent à considérer le deuxième pour étant une composante du premier (ex. : Gilbert & collaborateurs, 2011 ; Massé & collaborateurs, 1998).

Définir le bien-être psychologique

Le bien-être psychologique est un construit qui suscite depuis longtemps un vaste débat. Bien qu’il n’existe pas à ce jour de définition consensuelle du bien-être psychologique, trois perspectives dominent la littérature scientifique (Deci & Ryan, 2001).

La perspective hédonique

 Certains chercheurs (Bradburn, 1969 ; Diener, 1984) considèrent que le bien-être renvoie à l’expérience de plaisirs et à l’évitement de la douleur. Précisément, il est sous-tendu par la prédominance des affects positifs (ex : émotions agréables, telles que la joie) sur les affects négatifs (ex : émotions désagréables, telle que la tristesse) associées à des évaluations cognitives telles que la satisfaction du travail.

Dans nos cultures post-industrielles, l’idée du bien-être psychologique est couramment associée à cette perspective hédonique car facile d’accès au regard de notre rapport à la consommation. Pourtant – et bien qu’intense – ce bien-être émotionnel est par essence éphémère car ses effets ne sont que de courte durée.

La perspective eudémonique

D’autres scientifiques (Ryff, 1995 ; Waterman, 1993) expliquent que le bien-être trouve ses fondements dans les écrits d’Aristote (Éthique à Nicomaque), selon lequel une vie « bonne » et complète consiste à rechercher activement à vivre en accord avec son « daimon » ou autrement dit la réalisation de son plein potentiel. Ce processus de recherche, aussi nommée eudaimonia, s’exprime par la volonté et les efforts produits pour atteindre l’excellence et l’épanouissement, pour se réaliser et pour donner un sens à sa vie.

Cette forme de bien-être moins reconnue mais de plus en plus recherchée dans notre culture peut être illustrée par le sentiment d’apprentissage, de croissance personnelle et professionnelle, de vivre en accord avec ses valeurs et d’accomplissement de ses objectifs de vie.

Différences fondamentales entre le bien-être hédonique et le bien-être eudémonique

Alors que le bien-être hédonique renvoie à la réalisation d’une issue spécifique, c’est-à-dire « se sentir bien » (ex : se sentir satisfait, se sentir joyeux), le bien-être eudémonique renvoie aux processus qui visent à « bien vivre » (ex : agir en cohérence avec ses valeurs, se sentir compétent).

Par ailleurs, alors que le bien-être hédonique est un état passager, c’est-à-dire vécu à un moment précis, le bien-être eudémonique est un état diffus dans le temps, c’est-à-dire éprouvé pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines.

Enfin, si le bien-être hédonique est associé à la détente et au plaisir, le bien-être eudémonique est associé aux défis et aux efforts. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’Aristote considérait le bien-être hédonique comme un idéal vulgaire qui rendait les Hommes esclaves de leurs désirs.

La perspective sociale

 Pour Keyes (2005), la santé mentale un état dans lequel les individus présentent un niveau élevé de bien-être hédonique, de bien-être eudémonique mais également de bien-être social.

Cette forme de bien-être renvoie au sentiment d’épanouissement qu’éprouvent les individus dans leur vie sociale. Il peut notamment s’illustrer au travers du sentiment d’intégration (sentiment de faire partie d’une communauté), du sentiment de contribution (sentiment d’apporter quelque chose à la communauté), ou encore du sentiment de réussite à équilibrer ses différentes sphères de vie (ex : vie professionnelle, vie personnelle, vie familiale) (Keyes, 1998).

La considération conjointe de ces trois dimensions

Les chercheurs nous invitent aujourd’hui à considérer conjointement des indicateurs spécifiques à chacun de ces trois états afin de capturer une image plus exhaustive du bien-être psychologique des individus en général et au travail (Ryan & Deci, 2001).

A titre d’exemple, Gilbert et ses collaborateurs, chercheurs québécois, ont élaboré en 2011 une échelle du bien-être psychologique qui intègre l’évaluation de la sérénité (indicateur de bien-être hédonique), de l’engagement au travail (indicateur de bien-être eudémonique) et de l’harmonie sociale (indicateur de bien-être social).

Conclusion

La communauté scientifique recommande de ne pas se limiter à l’analyse de la dimension hédonique (sentiments positifs à un instant donné), comme c’est le cas dans certaines méthodes d’évaluation de la QVT, mais de prendre également en considération les dimensions eudémonique et sociale afin de saisir de manière plus exhaustive l’expérience du bien-être psychologique.

L’intégration d’indicateurs relatifs à ces trois formes de bien-être dans les interventions en faveur de la qualité de vie au travail permettrait une meilleure appréhension, mesure et compréhension de la santé psychologique des individus.

Elle ouvrirait également des perspectives vers des actions moins centrées vers le bénéfice à court-terme, au service d’un bien-être plus profond et durable.

 

Photo by Brooke Cagle on Unsplash

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