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Comment améliorer ma qualité de vie au travail en tant que manager ?

9 Nov, 2021

Régulièrement, le Blog QVT s’ouvre aux retours sur expériences des consultant.e.s d’AD CONSEIL.L’article d’aujourd’hui est l’œuvre de Christophe DIDIER, Ingénieur ENSAM, consultant en Qualité de Vie au Travail et coach certifié après un parcours de 25 années de management dans l’industrie. Il partage ses recommandations avec les managers souhaitant optimiser leur qualité de vie au travail.


 

Souvent lorsque j’interviens auprès de collectifs managériaux, je suis interpellé : « Vous nous expliquez comment favoriser la qualité de vie au travail de nos collaborateurs mais quid de la nôtre ?. » Ce à quoi je réponds : « si vous voulez des résultats en ce sens, c’est principalement à vous de la prendre en charge. » Dans cet article, je vous livre des pistes d’actions issues de mes 25 années d’expérience de manager et mes 6 années passées à accompagner les managers à trouver un meilleur équilibre de vie.

Travailler en cohérence avec ses valeurs

En lien avec le monde professionnel, je distingue trois catégories de valeurs. Les valeurs de surface sont celles dont chaque collaborateur doit faire preuve au quotidien parce que l’organisation en a décidé ainsi. Elles sont en général affichées dans un discours commercial pour décrire la mission de l’entreprise (ex : l’innovation). La deuxième catégorie est celle des valeurs intermédiaires. Elles peuvent être explicites ou implicite et sont utilisées pour atteindre un objectif comme la solidarité au sein d’une équipe par exemple.. On parle alors de culture d’entreprise. Pour être accepté il faut être capable de percevoir cette culture, de l’assimiler et de s’y conformer. La dernière catégorie est celle des valeurs profondes. Il s’agit des valeurs personnelles et identitaires de l’individu. Elles constituent une base stable dans le temps et non négociable. Ces valeurs représentent ce qui est le plus important dans la vie.

Je vous conseille donc d’identifier vos valeurs profondes, de choisir les cinq qui vous paraissent les plus importantes, et d’écrire pour chacune d’elles votre propre signification.. A partir de là, listez les actions concrètes que vous effectuez au travail qui nourrissent ses valeurs ainsi que les activités qui vous permettent de les exprimer. Plus vous effectuerez d’actions et d’activités en lien avec vos valeurs profondes, plus vous ressentirez un sentiment de plénitude au travail. A contrario, si vous constatez un manque ou un déficit dans des domaines, il vous appartient de favoriser des activités ou actions nouvelles et d’y consacrer plus de temps chaque jour.

Il est tout à fait possible de vivre en harmonie avec ses valeurs profondes même si les valeurs de surface et intermédiaires en sont éloignées. Par contre, lorsqu’elles entrent en opposition, le sentiment de mal être prédomine. Agir contre ses valeurs profondes est parfois impossible. On ressent alors de puissantes émotions négatives et donc néfastes. C’est le cas, par exemple, d’une personne ayant pour valeur le perfectionnisme et qui travaille dans une culture d’organisation avec un faible niveau d’exigence. Dans ce cas, vous devez si possible vous réaligner. Cela consiste à négocier d’abord avec votre environnement, puis avec vous-même. Quels changements dans l’organisation ou dans votre hiérarchie doivent être opérés afin de vous permettre de mieux vivre la situation ? Et vous, dans un second temps, quelle légère inflexion êtes-vous prêt à prendre pour vous sentir aligné ? Vivre selon ses valeurs constitue un élément fondamental pour améliorer sa qualité de vie au travail.

Définir des limites claires au travail

A quoi sert de définir clairement ses limites ?  C’est la meilleure façon de se respecter, de préserver sa santé et son équilibre de vie. Quelqu’un qui n’est pas capable de définir ses limites est une personne qui n’est pas en mesure de savoir quand elle les dépasse. C’est donc une personne qui n’a pas conscience d’un effet potentiellement néfaste pour elle.

Je vous invite à cette réflexion. Quelles sont mes limites, mes lignes rouges à ne pas franchir en tant que manager ? Quel impact cela a sur ma santé et mon équilibre si les dépasse ? Quelles actions réparatrices efficaces vais-je mettre en place lorsque j’aurai constaté un dépassement d’une de mes limites ?

Quand on évoque le sujet des limites, on pense en premier lieu au temps de travail. C’est effectivement une des premières limites à fixer. Mais je vous invite à élargir vos limites à la notion de « territoire au travail », afin de discerner ce qui est acceptable et bénéfique pour soi de ce qui ne l’est pas. Il s’agit ainsi de mettre en balance la charge de travail, de fréquence de sollicitations, de situations chargées émotionnellement de niveau d’exigence de résultats.

Une limite claire, c’est une temporalité précise et des horaires ménageant une place pour la sphère personnelle qui mérite d’être quantifiée au même titre que le temps de travail. A chaque fois que vous le pourrez, définissez un chiffre précis, un pourcentage donné, ou encore des situations ou des débordements à éviter à tout prix.

Si vous avez le sentiment de ne pas être écouté, commencez par vous écoutez vous-même ! Définir ses limites nourrit l’estime de soi. Cela permet de se féliciter quand elles sont respectées et d’agir en cas de dépassement.

Nourrir ses besoins : se faire plaisir

Au-delà des besoins fondamentaux de tout être humain au travail Tels que le besoin d’autonomie, le besoin d’utiliser et développer ses compétences ou le besoin d’avoir des relations enrichissantes. Je vous invite à identifier les moments où vous vous faîtes plaisir au travail.

Un manager qui éprouve du plaisir dans son travail sera non seulement plus épanoui mais également plus performant de par son engagement et sa motivation.

Il peut être utile de faire une rapide introspection des activités pour lesquelles vous éprouvez du plaisir dans leur réalisation tout en ne confondant pas ce qui est de l’ordre de vos compétences (ce à quoi vous êtes bon) et de vos appétences (ce que vous prenez réellement plaisir à faire).

Lorsque votre environnement de travail est avare en commentaire positif il est fréquent de ressentir un manque de reconnaissance et une perte d’estime de soi. L’estime de soi dégringole d’autant plus si l’on reste focalisé sur ses échecs en les vivant comme des réels traumatismes. Pour casser ce cercle vicieux il est important d’apprendre à vous analyser et à valider vous-mêmes vos réussites dans votre vie professionnelle.

En conclusion, il est important de se rappeler que vous êtes votre allié numéro un au travail. C’est en cette qualité qu’il faut avant tout apprendre ou réapprendre à vous écouter pour ainsi mettre des mots sur vos ressentis.

Une meilleure compréhension de vous-même et de vos capacités vous fera gagner en confiance. De cette manière vous serez, d’une part, plus facilement à même de dire non à ce qui n’est pas acceptable pour vous et d’autre part, vous saurez mieux gérer votre temps et vos priorités. Tous ces éléments sont autant de leviers intéressants sur lesquels agir pour concilier qualité de vie et performance au travail.

Enfin, cette meilleure écoute de soi vous permettra progressivement de développer le recul nécessaire pour discerner les situations relevant de vos marges d’amélioration de celles où le fonctionnement institutionnel dans lequel vous vous trouvez est en question, et où il est préférable de revoir certains fonctionnements managériaux collectifs plutôt que de chercher des clés en soi.

 

Photo de Joshua Earle – Unsplash

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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