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Retour sur : Les caractéristiques positives du travail sont-elles toujours bénéfiques ?

Tiphaine HUYGHEBART   I   Chargée de R&D & Docteur en Psychologie   I   Mars 2018

Retour sur notre article paru dans la revue “Journal of Advanced Nursing”, dans lequel nous explorions de manière approfondie les effets de caractéristiques du travail positives sur la santé psychologique.

Les caractéristiques du travail sont ces composantes mêmes de l’activité professionnelle et s’avèrent être des déterminants importants de la santé psychologique des travailleurs.

En effet, la théorie des caractéristiques de l’emploi (la plus étudiée depuis les années 1970) propose que la motivation et la satisfaction des individus dépendent de trois états psychologiques critiques : le sens du travail, la responsabilité des résultats du travail, et la connaissance de l’aboutissement de l’activité professionnelle.

Ces états psychologiques critiques seraient permis par la juste manipulation des caractéristiques du travail.

Des caractéristiques traditionnellement perçues comme positives

Certaines caractéristiques du travail telles que l’autonomie, la clarté de rôle, ou encore le traitement de l’information sont traditionnellement et consensuellement perçues comme des caractéristiques positives et motivantes, ayant des effets bénéfiques sur la santé psychologique des professionnels.

Mais jusqu’à quel point ?

Mais ces caractéristiques sont-elles bénéfiques dans l’absolu, indépendamment de leur intensité, ou bien existe-t-il un certain niveau à partir duquel leurs effets commencent à être négatifs ? Peut-on être trop informé ou avoir un rôle trop clair ?

C’est à ces questions que nous avons tenté de répondre au travers d’une étude menée par AD CONSEIL et des chercheurs en psychologie du travail de l’Université de Tours, auprès de 269 professionnels infirmiers.

Des résultats contre-intuitifs

Cette étude a démontré que lorsqu’elles approchent de niveaux optimaux, les caractéristiques du travail positives sont associées à moins de mal-être. Jusque-là, rien de surprenant donc. En effet, ces caractéristiques du travail positives, parce qu’elles permettent d’enrichir le travail en s’opposant à la monotonie ou au manque de sens de l’activité professionnelle et qu’elles responsabilisent les individus, ont un caractère motivant et challengeant, des effets bénéfiques donc.

En revanche, lorsque ces caractéristiques positives atteignent des niveaux d’intensité supérieurs aux niveaux optimaux, elles sont alors associées à une augmentation du mal-être. Cela vaut également lorsque leur intensité descend à des niveaux significativement inférieurs aux niveaux optimaux.

En d’autres termes, si elles sont trop peu développées ou trop renforcées, les caractéristiques du travail positives sont associées à une augmentation du mal-être.

Quelques implications pratiques

Ces résultats encouragent à recueillir les perceptions des professionnels quant à leurs caractéristiques de travail afin de pouvoir ajuster ces dernières, de telle sorte qu’elles s’approchent le plus possible des niveaux optimums.

Ils encouragent également les managers à ne pas s’attendre à ce que des caractéristiques du travail traditionnellement vues comme positives, mènent de manière constante à des résultats bénéfiques sur la santé psychologique des travailleurs qu’ils encadrent, et donc à définir les missions en connaissance de cause.

Pour en savoir plus >> http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/jan.12894/abstract

Quelques références : 

  • Hackman & Oldham, 1975
  • Morgeson & Humphrey, 2006
  • Chung-Yan, 2010
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